Le drapeau du régiment de zouaves de la Garde impériale, modèle 1854

Période : IIe République - 2nd Empire/2nd Republic-2nd Empire
Artiste(s) : Anonyme
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Le drapeau du régiment de zouaves de la Garde impériale, modèle 1854
Drapeau (avers) du régiment de zouaves de la Garde impériale, modèle 1854
© Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais

D’un Empire à l’autre

Après la chute de l’Empire en 1815, les emblèmes napoléoniens furent interdits. L’armée ne devait plus arborer l’Aigle et le Tricolore qui furent remplacés par les Fleur de lys et le drapeau blanc des Bourbons. La Monarchie de Juillet, dans une volonté de concorde nationale, remit le Tricolore à l’honneur et le Coq gaulois surmonta les hampes des drapeaux militaire. Après 1848, on préféra au drapeau rouge, un temps envisagé, le bleu-blanc-rouge issu de la Révolution et l’Empire. Mais le Coq, devenu le symbole de la monarchie bourgeoise, fut remplacé par le Fer de lance et le caisson frappé des lettres R.F.
Le Second Empire, en mémoire des victoires passées, remit l’Aigle pour symbole de l’État et de l’Armée.

Description

Les trois couleurs (bleu à la hampe, blanc et rouge) sont disposées en bandes verticales. L’étoffe a une dimension de 90 x 90 cm, l’étendard est de brocard de soie d’une seule pièce (trois lès cousus pour la ligne). La soie est encadrée verticalement par de larges broderies de cannetilles d’or composées de couronnes impériales, de N laurés et de palmettes. Ces motifs, disposés symétriquement, sont raccordés par une broderie d’abeilles et de N laurés. Au centre l’inscription brodée sur cinq lignes : Garde impériale/l’Empereur Napoleon III/au régiment/de/Zouaves.

Contexte historique

Dès son accession au pouvoir, Louis Napoléon Bonaparte, alors prince-président de la République, souhaita remettre l’Aigle impériale à l’honneur. C’est par décret du 31 décembre 1851 que le prince président de la République ordonna que l’Aigle soit rétablie comme symbole des armées françaises : « Le président de la République considérant que la République française avec sa nouvelle forme sanctionnée par le peuple peut adopter sans ombrage le souvenir de l’Empire et les symboles qui en rappellent la gloire. Considérant que le drapeau national ne doit pas être plus longtemps privé de l’emblème de renommé qui conduisit dans cent batailles nos soldats à la victoire. »
Si l’emblème de la République (le Fer de lance) se trouvait remplacé par l’Aigle, les trois bandes verticales (bleu à la hampe, blanc et rouge) adoptées en 1812, et reprises par Louis-Philippe, furent conservées. Les inscriptions étaient en revanche modifiées. Elles portaient aux angles, à l’avers et au revers des couronnes de feuilles de lauriers et de chênes les lettres LN pour Louis Napoléon en haut côté hampe et en bas, côté flottant. La seconde diagonale était ornée des numéros du régiment. L’avers du drapeau reçut l’inscription : LOUIS NAPOLÉON AU Ne REGIMENT, tandis que le revers conservait les lettres R.F. suivies des noms de batailles.

Modèle de drapeau 1852, voulu par Louis-Napoléon Bonaparte, prince-président de la IIe République © AnticStore
Modèle de drapeau 1852, voulu par Louis-Napoléon Bonaparte, prince-président de la IIe République © AnticStore

 

La direction de l’artillerie fut chargée de superviser la conception des 190 emblèmes qui furent commandés. Les étoffes, dont les inscriptions devaient être peintes, furent confectionnées aux ateliers Marion. La création des Aigles, quant à elle, fut confiée au sculpteur Auguste Barre ; les pièces furent exécutées en bronze doré par les établissements Vittoz.
Le 10 mai 1852, dans une imitation de la cérémonie de 1804, les nouveaux drapeaux furent remis en grande pompe aux régiments sur le Champ de Mars et les drapeaux, bénis.

Distribution des Aigles le 10 mai 1852 par le Prince Louis Napoléon Bonaparte, Clément Pruche © Musée de l'Armée, Distrib. RMN-GP.jpg
Distribution des Aigles le 10 mai 1852 par le Prince Louis Napoléon Bonaparte, président de la République Française, Clément Pruche © Musée de l’Armée, Distrib. RMN-GP.jpg

 

La proclamation de l’Empire ne modifia pas immédiatement les emblèmes très récents des unités de la ligne, cependant un nouvel étendard militaire à l’imitation de celui de 1812 devait voir le jour. Il fallut attendre un ordre du 11 novembre 1853, pour que l’inscription « L’EMPEREUR NAPOLÉON III Ne RÉGIMENT » remplace la formule présidentielle et que les couronnes remplacent les « R.F. ».
C’est en avril 1854, que les unités reçurent ces nouveaux emblèmes, cette fois sans cérémonie grandiose. En 1848, les étendards militaires de Louis-Philippe réformés avaient été vendus, soulevant l’ire de l’armée, aussi Napoléon III décida-t-il, cette fois, de faire détruire les anciens emblèmes de la ligne.

À la création des unités de la Garde impériale en mai 1854, l’Aigle ne fut pas modifiée, mais on imagina une soie beaucoup plus luxueuse. Notamment, les inscriptions et éléments décoratifs furent brodés alors qu’ils étaient peints sur les drapeaux de la ligne. En outre, cette renaissance des régiments de la Garde réactivait les traditions de ces unités de prestige. La bataille de Somosierra orna ainsi le drapeau des lanciers, celui des carabiniers d’Eckmühl, ou celui des chasseurs de Marengo et d’Austerlitz. Par la suite s’ajoutèrent les victoires du Second Empire : Sébastopol, Magenta etc. Les premiers emblèmes furent remis solennellement dans la cour des Tuileries le 9 janvier 1855, veille du départ de deux régiments d’infanterie de la Garde pour la Crimée.

    S. M. l'Empereur Napoléon III remettant les Drapeaux aux détachements de la Garde Impériale, à la veille de leur départ pour la Crimée. 9 Janvier 1855, Estampe ©BnF/Gallica ark:/12148/btv1b53020619j/
    S. M. l’Empereur Napoléon III remettant les Drapeaux aux détachements de la Garde Impériale, à la veille de leur départ pour la Crimée. 9 Janvier 1855, Estampe ©BnF/Gallica ark:/12148/btv1b53020619j/

     

    Garde du souverain oblige, les emblèmes de la Garde impériale étaient déposés aux Tuileries directement dans le cabinet de l’Empereur. Lors des prises d’arme et des revues, il revenait à l’escadron des Cent Gardes de les prendre et les remettre dans un cérémonial particulier aux unités qui allaient subir l’inspection. L’emblème est pour le militaire un symbole fort de son appartenance à l’armée ; pour les soldats de la Garde, l’Aigle renvoyait une image quasi sacrée héritée du Premier Empire. Partant, à compter de 1861, il ne fut plus question de détruire les emblèmes réformés de ces unités prétoriennes, ils devaient désormais être déposés par les Cent Gardes au musée de l’artillerie à Saint-Thomas d’Aquin, et une première cérémonie eut lieu le 27 septembre 1861.

    Camps de Châlons  les zouaves de la Garde impériale  la consigne , Gustave Le Gray © Musée de l'Armée, Distrib. RMN-Grand Palais Christian Moutarde
    Camps de Châlons  les zouaves de la Garde impériale  la consigne , Gustave Le Gray © Musée de l’Armée, Distrib. RMN-Grand Palais Christian Moutarde

     

    Le règne de Napoléon III fut une période de guerre où les unités françaises eurent souvent l’occasion de s’illustrer en Crimée, en Italie, en Chine ou au Mexique. Capturer un drapeau à l’ennemi était un acte individuel qui illustrait la vaillance d’un soldat. Cependant, sous le Second Empire, la Légion d’honneur était décernée au drapeau de l’unité, pour que la bravoure d’un seul rejaillisse sur tous. C’est ainsi que le 4 juin 1859, après Magenta, le 2e zouave a vu son Aigle décorée, comme plus tard les 51e et 99e au Mexique, ou le 57e de ligne après Rezonville en 1870.

    Les désastres de 1870 furent marqués par de nombreuses captures et destructions d’emblèmes. Ultime acte de résistance, lors des capitulations de Metz ou de Sedan, les drapeaux des unités de la Garde furent découpés en morceaux et dispersés, quand ils ne furent pas brûlés, tandis que les Aigles furent martelées et brisées. À Metz, tous les généraux n’eurent pas le temps de faire détruire leurs emblèmes et, comme l’exigeait la convention, plus d’une cinquantaine de drapeaux furent remis aux Prussiens.

    Le colonel Péan du 1er°régiment de grenadiers de la Garde impériale déchire le drapeau de son régiment et le partage entre ses officiers et ses soldats pour ne pas le livrer à l'ennemi, Lucien Mouillard © Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Moutarde
    Le colonel Péan du 1er°régiment de grenadiers de la Garde impériale déchire le drapeau de son régiment et le partage entre ses officiers et ses soldats pour ne pas le livrer à l’ennemi, Lucien Mouillard © Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Moutarde

     

    François Houdecek

    Mars 2020

    Sources

    • Ortholan, L’armée du Second Empire, 1852-1870, Paris, Soteca, 2009.
    • Le Pointe, Histoire de nos drapeaux de 1792 à nos jours, leurs légendes et leurs gloires, Paris, H. Jouve, 1909.
    • Lt col Rousset, Histoire générale de la guerre Franco-Allemande (1870-1871), Paris, Jules Tallandier, 1912

    Date :
    1854
    Technique :
    brocard de soie, soie, broderies de cannetilles d’or
    Dimensions :
    H = 90 m, L = 90 m
    Lieux de conservation :
    Paris - Musée de l'Armée
    Crédits :
    © Musée de l'Armée
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