Point d’histoire > Napoléon et Saint-Domingue (Haïti et Santo Domingo) (lecture : – de 4 min.)

Auteur(s) : FONDATION NAPOLÉON
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En s’appuyant sur les études les plus récentes, « Point d’histoire » vous propose une synthèse courte, claire et précise, sur un sujet de l’histoire napoléonienne.

Une île essentielle à l’économie européenne

À la fin de l’Ancien Régime, Saint-Domingue était coupée en deux : l’actuelle Haïti (France) et l’actuelle République dominicaine (Espagne). La partie française était réputée être la colonie la plus riche du monde. Elle comptait, en 1789, 793 sucreries, 3 151 indigoteries et 3 117 caféteries, pour des recettes de 137 millions de livres, supérieures à celles de toutes les îles environnantes, aussi bien françaises (Guadeloupe et Martinique) qu’anglaise (Jamaïque) ou espagnole (Cuba). Pas moins de 1 500 bateaux relâchaient dans ses eaux chaque année.

L’île comptait environ 700 000 habitants dont 55 000 Blancs, 30 000 hommes de couleur libres et 600 000 esclaves originaires d’Afrique.

Saint-Domingue et la Révolution : le moment Toussaint Louverture

Au début de la Révolution française, l’île entra en ébullition, tant du côté de colons tentés par l’indépendance que des esclaves dont les révoltes furent réprimées avec vigueur, jusqu’au moment où un affranchi, Jean-Dominique Toussaint Louverture en prit la tête.

Né en 1743, sachant lire et écrire, connaissant des rudiments de médecine (sans pour autant être médecin), il prônait l’indépendance sous un pouvoir noir de la partie française de Saint-Domingue (l’actuelle Haïti). Pour l’éviter, les autorités métropolitaines composèrent sans cesse avec lui jusqu’à le nommer général de brigade (1795) puis de division (1796) et lui confier le commandement de l’armée sur l’île. Il profita de ces atermoiements pour confier des plantations abandonnées à ses lieutenants, créant une nouvelle élite issue de l’esclavage. Fin 1797, il était maître de la partie française, l’autre partie restant espagnole.

À l’avènement du Consulat, Toussaint Louverture contrôlait l’est de Saint-Domingue et regardait vers la partie espagnole qui, bien que cédée à la France par le traité de Bâle de 1795, était toujours contrôlée par Madrid. Il affirmait cependant vouloir rester lié à la métropole et lutter avec elle contre les avancées britanniques aux Antilles, où la Martinique, Sainte-Lucie et les Saintes étaient occupées par Albion.

La politique de Napoléon

Le pouvoir consulaire se saisit sans attendre de la question de Saint-Domingue. Bonaparte confirma l’abolition de l’esclavage, tout en demandant la soumission à la métropole de tous ceux qui avaient profité de la Révolution pour s’en détacher. Le général Michel, le colonel Vincent et le mulâtre Raimond furent envoyés sur place. Ils y arrivèrent fin avril 1800 et conclurent à l’impossibilité de rétablir en peu de temps l’autorité de la République. Les Métis de Rigaud avaient été matés. Les Blancs s’étaient ralliés à Toussaint Louverture, par la force des choses. Les Noirs déniaient toute autorité aux fonctionnaires métropolitains. Dans la partie espagnole, les opposants à Toussaint Louverture fomentaient des troubles, si bien que celui-ci envisageait de plus en plus ouvertement de s’emparer de ces territoires et d’unifier la Grande Île… ce qui n’eût été, au pied de la lettre, qu’appliquer le traité de Bâle de 1795. Les émissaires de Bonaparte voulaient quant à eux éviter une telle issue et, plus que tout, la concentration des pouvoirs entre les mains de Toussaint Louverture.

La rupture avec Toussaint Louverture

Toussaint Louverture connaissait ces enjeux. Il savait que la France et l’Angleterre négociaient et qu’il avait intérêt à forcer le destin avant la signature d’un traité de paix qui libérerait la marine française. Ce faisant, il commit plusieurs erreurs, considérées par Bonaparte comme des provocations. Sa décision de doter la partie française de Saint-Domingue d’une constitution fut un casus belli. Ce projet fut connu à Paris au printemps 1801.

L’expédition française

Une semaine après la signature des préliminaires de paix avec Londres (octobre 1801), une expédition de 20 000 soldats sous les ordres du général Leclerc (mari de Pauline Bonaparte) fut organisée pour reprendre Saint-Domingue en main. Elle quitta Brest le 14 décembre 1801, arriva en vue de Cap-Français le 29 janvier 1802 et fut accueillie à coups de canon. Les troupes purent tout de même gagner la terre ferme et Grand Port qui dut finalement ouvrir ses portes le 7 février, tandis que Port-au-Prince, Fort-Dauphin et Santo-Domingo (capitale de la partie espagnole) se soumettaient. Le corps expéditionnaire s’installa solidement dans la quasi-totalité de Saint-Domingue, seules les montagnes de l’Ouest où s’étaient retranchées les troupes louverturiennes leur résistant. Après de rudes combats et l’apparition de la fièvre jaune (2 000 morts dans les trois premiers mois), Toussaint Louverture fut obligé de se soumettre, le 6 mai 1802. Il fut transféré en France et interné au fort de Joux, près de Pontarlier. Il y mourut le 7 avril 1803.

Vers l’indépendance d’Haïti

L’agitation à Saint-Domingue ne s’acheva pas avec l’élimination de Toussaint-Louverture. Au début d’août 1802 arriva dans l’île la nouvelle du rétablissement de l’esclavage dans les colonies. Les Noirs – qui n’avaient pas été désarmés – se révoltèrent et les anciens lieutenants de Louverture prirent la tête du mouvement. Au fond de lui défavorable à la politique du gouvernement, Leclerc mena tout de même la répression. Il ne fut toutefois pas directement à l’origine du pire : il succomba à la fièvre jaune, le 2 novembre 1802.

Le général Rochambeau (fils du maréchal, héros de la guerre d’Indépendance américaine) lui succéda et se lança dans la bataille avec cruauté. Tortures, dressage de chiens spécialisés dans la chasse aux Noirs, noyades collectives et exécutions sommaires marquèrent son commandement, sans que la situation militaire s’améliorât. Au contraire, les généraux noirs remportèrent des succès aux conséquences d’autant plus désastreuses pour Rochambeau que les effectifs des métropolitains continuaient à fondre sous les coups des fièvres. Bientôt, les Blancs autochtones commencèrent à abandonner Rochambeau dont le zèle rendrait difficile leur maintien à Saint-Domingue. Les Anglais se mirent de la partie en bloquant les ports et en fournissant des armes aux insurgés. Rochambeau capitula, le 28 novembre 1803. Il fut emmené en captivité en Angleterre, tandis que toute la partie française était perdue.

Naissance d’Haïti

L’indépendance d’Haïti, nouveau nom de la partie française de Saint-Domingue, fut proclamée le 1er janvier 1804. Elle fut gouvernée tant bien que mal par le général Jean-Jacques Dessalines, un ancien esclave, qui, le 8 octobre suivant, se fit proclamer… empereur, sous le nom de Jacques Ier. Ayant réussi à unifier les différentes factions, il avait imposé la capitulation à l’armée métropolitaine. Il prépara la conquête de la partie « espagnole », placée sous le commandement du général français Ferrand. Avant cela, du 16 au 25 mars 1804, il procéda au massacre des Blancs, n’épargnant que ceux qui pourraient lui être utiles, notamment les médecins. Il échoua finalement dans a conquête de la partie « espagnole ».

Débarrassé des Blancs, ayant fait main basse sur les plantations et sucreries, il les distribua à ses amis et ne rendit que rarement les petits agriculteurs noirs propriétaires. Depuis Toussaint Louverture, on avait même instauré un système de travail peu salarié et guère plus enviable que l’ancien esclavage.

Perdant peu à peu le soutien des forces vives d’Haïti, c’est un empereur affaibli qui dut faire face à la révolte des Métis du sud, menée par trois anciens fidèles, les généraux Christophe, Guérin et Pétion. Le 17 octobre 1806, la carrière de Jacques Ier Dessalines s’acheva au combat du Pont-Rouge, lorsqu’il fut tué d’un coup de fusil. La république fut proclamée et Alexandre Pétion fut élu président, poste qu’il allait occuper jusqu’en 1818, faisant face avec bonheur à la sécession de Christophe, qui s’autoproclama roi sous le nom de Henri Ier et dont le « royaume » confiné au nord s’effondrera après son suicide, le 8 octobre 1820.

Une défaite des armées métropolitaines

Saint-Domingue fut la première grande défaite d’une armée napoléonienne et une nouvelle preuve de l’incapacité de la marine impériale à secourir les colonies. Napoléon s’en repentit à Sainte-Hélène : « L’affaire de Saint-Domingue a été une grande sottise de ma part […]. C’est la plus grande faute que j’ai commise en administration. J’aurais dû traiter avec les chefs noirs comme avec les autorités d’une province […], laisser Toussaint [Louverture] vice-roi, ne point y envoyer des troupes, laisser tout aux Noirs ». Il était bien tard pour s’en rendre compte. Quant au nouvel Etat d’Haïti, il conquit son indépendance dans la confusion des méthodes et des objectifs, les luttes intestines entre Noirs, Métis et Mulâtres, et dans une grande instabilité institutionnelle.

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10 décembre 2020

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