La guerre franco-« allemande » de 1870-1871 : 2. Du début de la guerre à la chute du Second Empire

Période : IIe République - 2nd Empire/2nd Republic-2nd Empire
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La guerre franco-« allemande » de 1870-1871 : 2. Du début de la guerre à la chute du Second Empire
Combat à Balan ou La dernière cartouche 1873, par Alphonse Marie Deneuville © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

Le 17 juillet 1870, après une tension grandissante entre les deux pays, la France déclare la guerre à la Prusse au motif d’un conflit protocolaire induit par le chancelier confédéral Bismarck (l’affaire de la dépêche d’Ems), dans lequel s’engouffrent les partisans d’une guerre avec la Prusse. Le 2 juin, le roi de Prusse et Bismarck avaient obtenu du Tsar Alexandre II (1818-1881) la promesse secrète de soutenir la Prusse si l’Autriche soutient la France dans un conflit armé. 
En savoir + sur la marche à la guerre de 1870
► En savoir + sur la dépêche d’Ems

15 juillet > Les crédits de guerre sont votés par le Corps législatif. S’y oppose Adolphe Thiers : « Vous n’êtes pas prêts, cette guerre que vous vous apprêtez à faire est une folie ». Son hôtel est caillassé le soir même. Sur les 32 députés républicains, 20 ne votent pas contre les crédits de guerre mais s’abstiennent. Thiers est le seul à s’y opposer, lors de 4 votes.

17 juillet > La France déclare la guerre à la Prusse (notification officielle, le 19 juillet), Napoléon III prend la tête du commandement des armées, le maréchal Le Boeuf en est le major-général. L’intérim du ministère de la Guerre est assuré par le vicomte Pierre-Charles Dejean (1807-1872). Napoléon III est très malade, peu savent la gravité de son état, pas même l’impératrice Eugénie. Prenant de l’opium pour atténuer les crises, il est métamorphosé physiquement.

Le maréchal Edmond Le Boeuf, par Léon Crémière, 1870 © Wikipedia
Le maréchal Edmond Le Boeuf, par Léon Crémière, 1870 © Wikipedia

 

20 juillet > L’Autriche et l’Italie annoncent leur neutralité. Une alliance française avec l’Autriche et l’Itali, était loin d’être finalisée avant la déclaration de guerre par la France : elle achoppait notamment sur la volonté de neutralité de la majorité de l’opinion publique austro-hongroise vis-à-vis de la Prusse et sur la question romaine, en cours de négociations avec l’Italie. Cette entrée en guerre précipitée par les Français a rendu les potentiels pays alliés de Napoléon III plus que réticents et, au final, ils finissent par s’abstenir. La confirmation officielle par la Russie, le 5 août, qu’elle attaquerait l’Autriche si cette dernière attaque la Prusse conforte François-Joseph dans sa décision de ne pas intervenir.

23 juillet > Proclamation de Napoléon III au peuple français. L’Empereur résume les raisons qui l’ont poussé à faire la guerre non pas au peuple allemand mais à la Prusse, pour assurer la sécurité du territoire de l’Empire. Il annonce partir se mettre à la tête de l’armée, sur le front, avec son fils. ► Lire le texte de la proclamation

28 juillet > Malgré un état de santé désastreux, Napoléon III quitte le palais de Saint-Cloud pour rejoindre son quartier général à Metz et prendre la tête de l’armée du Rhin. L’Empereur est accompagné du Prince impérial, âgé de 14 ans. La présence de l’héritier du trône impérial est un acte politique et symbolique fort. Napoléon III se sait malade et a déjà sollicité l’allégeance du peuple au Prince impérial lors du plébiscite du 8 mai 1870. L’Empereur compte abdiquer à la majorité du Prince, aussi la présence du « futur » Napoléon IV sur les champs de bataille doit-elle contribuer à rendre sa légitimité encore plus indiscutable. L’impératrice Eugénie devient pour la troisième fois régente de l’Empire (elle l’a déjà été en 1859 et en 1865). Elle préside le Conseil des ministres, mais a interdiction de promulguer de nouvelles lois hors celles dont la discussion est en cours.

État des armées en France et en Prusse au début de la guerre
L’armée française réunit 343 000 hommes (265 000 hommes dans son armée du Rhin directement opérationnels). L’organisation première en 3 grandes armées est bousculée début juillet 1870 par Napoléon III, qui croit que les Autrichiens vont entrer en guerre à ses côtés. Le 1er juillet, la réduction du contingent de 100 000 à 90 000 hommes a été adoptée. On fait appel aux gardes mobiles pour compléter les troupes. Logistiquement, la France est en retard par rapport à la Prusse : sa mobilisation prend plus de temps, elle manque de cadres militaires capables de diriger. Le chef de l’état-major, Le Boeuf, en est l’illustration : artilleur de génie, il n’a aucune connaissance du service d’état-major. Sous lui, les généraux se sont illustrés dans des guerres coloniales (Algérie, Syrie, Mexique…) qui s’apparentent plus souvent à des guérillas qu’à des mouvements stratégiques et tactiques, comme ce sera le cas avec les Prussiens. Autre grande défaillance : l’armée française ne possède pas de carte de l’Est de la France. 
Grâce à la conscription, l’armée prussienne concentre immédiatement 484 000 hommes et 50 000 chevaux.
Très bien organisée et entraînée, elle est répartie en trois armées : la première commandée par Steinmetz (à l’Ouest), la deuxième par le prince Frédéric-Charles (neveu du roi Guillaume, héros de Sadowa), la troisième par le kronprinz, en face de l’Alsace. Outre l’apport des armées de la Confédération d’Allemagne du Nord, les troupes prussiennes sont renforcées par celles des états allemands qui se sont alliés à la Prusse dans ce conflit : Bavière, Wurtemberg, Bade et Hesse.

1870 : Un effondrement rapide de l’Empire français

2 août > Les troupes françaises lancent une offensive sur Sarrebruck. Malgré cette victoire, les soldats repartent au bout de deux jours sans détruire ni la gare, ni les ponts.

4 août > 1er affrontement direct. L’attaque à l’initiative allemande a lieu à Wissembourg.  Le rapport de force est très inégal : il y a 7 000 Français contre 70 000 Prussiens. L’affrontement se solde par une défaite française. 

5 août > La Russie annonce qu’elle attaquerait l’Autriche si cette dernière attaque la Prusse.

6 août > Le maréchal Patrice de Mac Mahon (1808-1893) s’engage dans la bataille de Froeschwiller-Woerth. Ses troupes sont mises en déroute. Il en va de même pour les conflits engagés à Reichshoffen (par la cavalerie ; c’est une des dernières charges en Europe occidentale) et à Forbach-Spicheren. Un repli des troupes françaises pour protéger Paris est envisagé. Mac Mahon s’y résout et abandonne l’Alsace aux Allemands. Le même jour, le général Frossart (1807-1875) abandonne la Lorraine.

Patrice de Mac Mahon, par Bornemann, d'après Horace Vernet © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / image Compiègne Compiègne, château
Patrice de Mac Mahon, par Bornemann, d’après Horace Vernet © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne)

 

7 août > Avec les première défaites, l’état de siège est déclaré. Pendant ce temps, le chef du gouvernement Émile Ollivier (1825-1913) demande que Napoléon III quitte le front, mais l’Impératrice refuse d’appuyer cette demande. Les députés républicains en appellent aux citoyens de Paris. La perte de prestige de la France sur le plan international démotive les éventuels alliés. La Bourse, qui s’était envolée le 6 août, s’effondre le 8 août.

Émile Ollivier par Pierre6louis Pierson, 1870 © BnF
Émile Ollivier par Pierre-Louis Pierson, 1870 © BnF

 

10 août > Après le renversement du gouvernement d’Émile Ollivier la veille, nomination d’un nouveau gouvernement conduit par le général Cousin-Montauban, comte de Palikao (1796-1878), également ministre de la Guerre. La Tour d’Auvergne devient ministre des Affaires étrangères ; Chevreau, ministre de l’Intérieur ; Magne, ministre des Finances. Le Boeuf est démis de ses fonctions ministérielles et perd le commandement de l’armée du Rhin. Le maréchal François-Achille Bazaine (1811-1888) le remplace à la tête de celle-ci au grâce aux républicains, apparaissant comme l’ultime recours. En trois batailles, il va se laisser enfermer dans Metz entre le 14 et le 16 août. 

12 août > Les Prussiens entrent à Nancy, tandis que Strasbourg se prépare à tenir un long siège. Napoléon III abandonne son commandement de l’armée du Rhin au maréchal Bazaine et rejoint Châlons le 14 août.

14-16 août > Combats indécis de Borny, puis entre Mars-la-Tour et Gravelotte.

  • Borny, le 14 août : défaite prussienne en occupation du terrain et nombre de morts, mais victoire stratégique pour les troupes de Guillaume Ier car elles ont bénéficié d’un renfort. Bazaine n’enfonce pas les forces ennemies et reflue sur Metz.
  • Mars-La-Tour, le 16 août : dernière grande bataille de cavalerie, l’une des plus meurtrières. 80 000 Français affrontent 130 000 Prussiens. Il y a 15 000 morts des deux côtés. Victorieux Bazaine ordonne pourtant le repli vers Metz.
  • Saint-Privat et Gravelotte, le 18 août : 190 000 Prussiens contre 115 000 Français. Le combat sanglant se solde par une victoire allemande. Le repli sur Metz est plus que jamais d’actualité pour les troupes françaises. 
La bataille de Gravelotte le 16 août 1870, d'après Jules Descartes Ferat © RMN-Grand Palais - Agence Bulloz
La bataille de Gravelotte le 16 août 1870, d’après Jules Descartes Ferat
© RMN-Grand Palais – Agence Bulloz

 

18 août > Le général Louis Trochu (1815-1896) est nommé gouverneur de Paris, la capitale doit être protégée par l’armée de Châlons conduite par Mac Mahon. Napoléon III souhaite rejoindre Paris, mais l’impératrice Eugénie et Cousin-Montauban s’y opposent. Victoire allemande de Gravelotte-Saint-Privat ; avec le repli de Bazaine sur Metz, les Allemands s’ouvrent la route vers Paris. L’Autriche est de moins en moins favorable à une alliance avec la France…

23 août > Pendant ce temps, Mac Mahon et Napoléon III sont au Camp de Châlons et se préparent à marcher vers l’ennemi pour libérer Bazaine (et éviter une révolution à Paris). Napoléon III est peu favorable à l’idée, mais le Conseil de régence fortement pour : Mac Mahon quitte le camp de Châlons et se dirige quand même vers Metz pour soutenir Bazaine. Cependant l’information filtre ; Napoléon III sera bientôt coincé à Sedan.

26 et 31 août > Échecs de Bazaine pour sortir de Metz.

31 août-1er septembre > Défense du village et du pont de Bazeilles par une division d’infanterie de marine française. Les marsouins réfugiés dans une auberge à Bazeilles font face aux Bavarois qui ne parviennent pas à la prendre. Les Bavarois vont s’acharner sur les populations civiles. Les « dernières cartouches » françaises seront graciées à l’issue du combat.

1er septembre > Bataille de Sedan, Mac-Mahon est blessé. Son désir de trouver la mort sur le champs de bataille n’étant pas exaucé, Napoléon III rentre à Sedan, et fait hisser le drapeau blanc pour épargner son armée, prisonnière de la cuvette de Sedan.

Le général Margueritte mortellement blessé à Floing (bataille de Sedan), le Ier septembre 1870, par James Alexandre Walker © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette
Le général Margueritte mortellement blessé à Floing (bataille de Sedan), le Ier septembre 1870, par James Alexandre Walker © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

 

2 septembre > Capitulation de Sedan : Napoléon III est fait prisonnier par les Prussiens, avec 104 000 soldats, 413 canons de campagne et 139 de forteresse. Le 5 septembre, l’Empereur rejoint le château de Wilhelmshöhe, près de Cassel, où il est emprisonné jusqu’au 19 mars 1871.

4 septembre > Chute de l’Empire et proclamation de la IIIe République. Mise en place du gouvernement de Défense nationale, présidé par le général Trochu et constitué des députés élus de Paris, dont Léon Gambetta (1838-1882), ministre de l’Intérieur, Jules Favre (1809-1880), ministre des Affaires étrangères. Une assemblée constituante doit être convoquée.

Irène Delage et Marie de Bruchard, mars 2020

SOURCES
France Allemagne(s) 1870-1871. La guerre, la Commune, les mémoires, Paris, Gallimard / Musée de l’Armée, 2017, 303 p.
L’âge industriel 1854-1871. Guerre de Crimée, guerre de Sécession, guerres de l’unité allemande, Brian Holden Reid, Paris, Autrement, coll. Atlas des guerres, 2001, 224 p.
La guerre de 1870, François Roth, Paris, Fayard, 1990, 778 p.
Dictionnaire de l’Europe. États d’hier et d’aujourd’hui, Yves Tissier, Paris, Vuibert, 2002, 703 p.

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